merril sinéus
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Composer un peu du banal, du quotidien, de l'ordinaire. Appréhender le territoire habité et les zones de proximités comme un réservoir de situations potentielles. Observer, voyager, raconter les histoires accumulées, c'est le moyen de rendre explicite une intention pour le lieu, pour créer une nouvelle situation. C'est estimer la puissance de l'évocation du territoire urbain comme une invention, propice à la fiction. Comment se figurer ce que seront demain les lieux, les situations de la ville? “La ville échappe par essence à la conception (...), une telle multitude d'intentions et d'actions se mêlent que l'on ne peut imaginer la construire” 1. On admet sa constante et perpétuelle mutation, et le fait qu'elle se construit sur et par elle-même, qu'elle se décompose et se recompose, engendre des organisations sociales complexes. En la découvrant, on prend conscience de cette impermanence des territoires urbains en développement; théâtre de dynamismes, de creux, de figures collectives instables. Comprendre les conditions de la transformation urbaine, par l'expérience, c'est identifier les petits phénomènes visibles et invisibles, en saisissant des lieux dans ce qui fait leur distinction symbolique, architecturale, sociale par rapport à d'autres qui les croisent.

Des petits actes de rêve… Agir en tant qu'architecte, ici comme ailleurs, c'est toujours travailler sur du ‘déjà passé'. On a ce sentiment d'obsolescence qui dépasse tout, on a envie de rêver devant sa fugitivité perpétuelle. Et si rêver la ville que l'on souhaite infléchissait son devenir? Et si en rêvant la ville on se prenait à agir, dans une posture d'interprétation constante entre imagination et réel? C'est dans nos actes quotidiens que nous transformons notre manière de pratiquer les lieux, notre manière de voir autour de nous l'espace de la rue. L'architecture est la traduction solide d'une intention, elle utilise les manifestations sensibles des matériaux. Elle crée une forme. Le travail de l'architecte doit tendre à réduire l'arbitraire de la production de cette forme, et penser ce qu'on appelle le ‘projet', non pas en rajout d'objet à l'esthétique résolutoire, mais en intervention qui assume autant son rôle social que son potentiel déclencheur d'imaginaire, d'inventivité dans l'utilisation. Ne pas combler les vides, mais s'inscrire dans ce qu'il y a de plus primordial du site et de ses pratiques, avec ces petites choses de surprise et d'incertitude qui transcendent le quotidien de chacun, et qui sont les formes de l'insurrection urbaine.

1 > J.-P. Dollé, in. Alain Renk, Construire la ville complexe? éd. J.-M. PLace, Paris, 2002